Femme portant une culotte menstruelle Nana assise dans un fauteuil, tenant une tasse de thé dans ses mains

Endométriose et fertilité : ce que l’on sait

Vous souffrez d’endométriose (endometriosis en anglais, si vous fréquentez les forums anglophones) et vous voulez savoir ce que cela peut signifier pour votre fertilité ? Projet de bébé ou pas, il est toujours plus rassurant de comprendre ce qui se passe dans son corps. Alors faisons un point sur l’endométriose et la fertilité, et le genre de solution que l’on propose aux patientes et aux patients. En 2019, l’Inserm (L'Inserm organisme public de recherche français entièrement dédié à la santé humaine) a publié un article sur le sujet. Voici ce que vous pouvez en retenir.

Combien de français et de françaises rencontrent des problèmes de fertilité ? 

Si vous êtes en couple (cisgenre et hétérosexuel) et que vous rencontrez des problèmes de fertilité, sachez d’abord que vous n’êtes pas une exception. En effet, 1 couple français sur 8 sollicite une consultation pour des difficultés à concevoir. Les femmes et les hommes sont concernés. C’est pourquoi il est important de tester les deux partenaires, pour dresser un bilan de la fertilité de la patiente oui, mais aussi de son partenaire, avant d’envisager une solution (traitement, FIV, adoption…)

D’abord, il faut comprendre de quoi on parle : on qualifie d’infertile un couple qui n’est pas parvenu à concevoir un enfant sans aide médicale après 12 mois de tentatives. Mais cette idée de « couple infertile » regroupe en fait des situations diverses. Tous les problèmes d’infertilité ne sont pas les mêmes. Parmi ces couples, on note :

·       30% de cas où c’est la femme qui rencontre des difficultés à concevoir

·       30% où c’est l’homme qui est infertile

·       30% où les deux partenaires ne sont pas assez féconds pour concevoir un bébé de manière « naturelle »

·       10% que l’on ne parvient pas à expliquer et pour lesquels une cause précise n’est pas identifiée

Parmi les causes qui peuvent affecter la fertilité d’une femme (ses chances de concevoir), on compte l’endométriose.

L’endométriose, qu’est-ce que c’est ? 

L’endométriose est une maladie inflammatoire chronique. Chez ces patientes, l’endomètre (dont on vous parlait ici, dans l’article sur le cycle menstruel) sort de l’utérus et va coloniser d’autres parties du corps, ce qui peut occasionner des douleurs intenses. Si vous souhaitez obtenir davantage de détails sur l’endométriose, vous pouvez consulter notre article Qu’est-ce que l’endométriose ou consulter cette vidéo. L’endométriose est une maladie qui a longtemps été synonyme d’errance médicale et de solitude : les patientes (femmes et les personnes à utérus) souffraient de très fortes douleurs de règles, sans que l’on leur propose un diagnostic clair. Heureusement, c’est un sujet qui fait désormais l’objet d’une prise de conscience politique et publique, grâce aux nombreuses études et au sujet duquel le public et le corps médical est maintenant beaucoup plus sensibilisé.

L’endométriose est malheureusement fréquente : on estime qu’une personne avec utérus sur 10 en serait atteinte, dans des proportions plus ou moins importantes et à un stade de douleur plus ou moins intense. Ses causes sont encore mal connues, et la chirurgie est souvent une des seules solutions proposées. Mais la recherche progresse, et vous pouvez d’ailleurs, si vous le souhaiter, participer à votre niveau, en remplissant ici un questionnaire sur votre vécu lié à l’endométriose sur le site de l’Assistance Public - Hôpitaux de Paris  : https://compare.aphp.fr/.)

Qui peut être atteint d’endométriose ?

Les femmes et plus globalement les personnes ayant un utérus peuvent souffrir d’endométriose. L’étude de l’Inserm ne dispose pas d’une liste ferme qui constituerait un profil type de malade de l’endométriose. Mais les facteurs de risques les plus souvent détectés chez les patientes seraient les suivants :

·       À un stade prénatal et périnatal : un faible poids de naissance ; une naissance prématurée

·       Durant l’enfance et à l’adolescence : règles précoces ; Indice de Masse Corporelle faible

·       À l’âge adulte : cycles menstruels courts, IMC faible

D’autres facteurs en cours d’étude ou insuffisamment documentés chez les patientes atteintes d’endométriose sont également étudiés.

Pourquoi l’endométriose est-elle douloureuse ?

L’endométriose est une maladie qui peut être extrêmement douloureuse. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est important de ne pas se résoudre à la douleur pendant les règles : oui, il est naturel d’avoir un peu mal, mais si vous ne parvenez pas à marcher ou à fonctionner normalement, ce n’est pas juste une fatalité car « les règles, ça fait mal » ! Les douleurs de règles excessives peuvent être un signal d’alerte, pour lequel on devrait vous prendre en charge médicalement. Il est bénéfique que les études autour de l’endométriose se multiplient, car cela pourra peut-être, dans le futur, réduire le temps de diagnostic. On parlait d’errance médicale plus haut : l’endométriose met toujours entre 7 et 10 ans à être diagnostiquée. Si un antidouleur classique ne suffit pas à vous soulager[1], n’hésitez pas à consulter. Vous êtes légitime à trouver des traitements et des solutions.

Mais pourquoi l’endométriose est-elle si douloureuse ? Car les cellules qui migrent dans le corps et s’installent là où elles ne devraient pas sont des cellules d’endomètre. Elles vont donc suivre les cycles des règles. Et au moment où l’endomètre fait mal pour s’évacuer de l’utérus, ces cellules vont générer des lésions douloureuses. Elles peuvent s’installer dans la région ovarienne (dans les trompes de Fallope, dans les ovaires), mais aussi le côlon, la vessie, et dans certains cas (plus rare), aller même jusqu’aux poumons.



[1] https://endofrance.org/la-maladie-endometriose/symptomes-endometriose/regles-douloureuses/

Endométriose et infertilité 

Le taux de femmes atteintes d’endométriose qui sont rendues infertiles par la maladie est de 30% à 40%. Pour ces patientes, on estime la chance de concevoir sans aide à 2%-10% par cycle menstruel.

Pourquoi ? Parce que les lésions de l’endométriose touchent les ovaires, les trompes de Fallope et/ ou le péritoine. Le lien entre endométriose et l’infertilité est lui-même sujet d’études.

·       Les kystes ovariens et les lésions sur les trompes de Fallope (qui forment des amas de tissus endométriaux) compromettraient mécaniquement la fécondation

·       Les patientes atteintes d’endométriose auraient des utérus dont les caractéristiques rendraient plus difficile l’implantation d’un embryon

·       Ces patientes auraient une faible réserve ovocytaire (nombre d’ovules/ d’ovocyte faible)

·       L’état inflammatoire de la zone pourrait avoir un effet toxique sur les gamètes (ovules/ ovocytes)

Les chances d’une grossesse naturelle ne sont donc pas nulles. Mais elles sont plus faibles chez les patientes atteintes d’endométriose, et si c’est votre cas, il peut être utile de chercher une prise en charge.

Traiter l’endométriose sans compromettre la fertilité

Il n’existe pas de traitements simples contre l’endométriose, ou en tout cas, pas encore. Mais dans l’état actuel de la recherche, la médecine propose 3 solutions si vous souffrez d’endométriose, qui peuvent constituer un traitement en se conjuguant :

·       Un traitement médicamenteux : celui-ci va créer une ménopause artificielle, c’est-à-dire arrêter les règles, comme si votre corps avait effectué sa ménopause. Comment ? En prenant des contraceptifs en continu. Car la ménopause met fin aux cycles menstruels (voir plus haut, Pourquoi l’endométriose est-elle douloureuse ?)

·       Un traitement chirurgical, avec une intervention : les opérations chirurgicales pour diminuer les douleurs liées à l’endométriose sont des chirurgies invasives (ce qui signifie : lourdes). Lors d’une chirurgie visant à traiter l’endométriose, il arrive que l’on retire des portions du côlon, des ovaires, de l’utérus[1].

·       L’Assistance Médicale à Procréation : pour un projet de grossesse si vous souffrez d’endométriose, on proposera ce que l’on appelle des techniques de préservations de la fertilité, car les gestes chirurgicaux peuvent compromettre la fertilité de la personne. Les solutions incluent la conservation d’ovocytes (« ovocyte » et « ovule » sont synonymes) ou d’embryons. Ainsi, il sera possible d’opérer la patiente, et de lui laisser dans certains cas la possibilité de concevoir post-chirurgie, avec ou sans FIV (la FIV est la Fécondation In Vitro).



[1] https://pitiesalpetriere.aphp.fr/wp-content/blogs.dir/179/files/2016/01/chir_endometriose_2.pdf

Endométriose, une maladie difficile à vivre

Existe-t-il des maladies chroniques « agréables » à vivre ? C’est peu probable ! Mais l’endométriose, en tout cas, est une affection difficile à gérer, qui peut impacter votre santé mentale. La douleur récurrente peut affecter la qualité de vie, et donc le bien-être. L’endométriose augmenterait de 3.16 fois le risque d’état dépressif[1]. Elle favoriserait aussi le risque d’anxiété, celui de troubles alimentaires…

Si vous souffrez d’endométriose, sachez que des associations, des forums et des communautés existent, pour permettre aux patientes et aux patients de se retrouver et de communiquer entre elles et entre eux, pour s’apporter du soutien et partager les dernières avancées. Il en existe en français ; en anglais (cherchez « endometriosis ») ; en espagnol…

Sachez aussi qu’il est possible de faire des démarches pour des séances de prise en charge psychologique via l’Assurance Maladie. Dans des situations difficiles à vivre (endométriose, infertilité), vous aurez sans doute besoin de soutien : ce n’est en aucun cas une preuve de faiblesse… prenez soin de vous et n’hésitez pas à demander de l’aide : vous méritez que l’on vous soutienne, qu’on vous écoute et qu’on vous aide !